Extrait : Nitescence

Jour 1 : Vendredi 1er décembre 2006

TW // Suicide

 

Je ne comprenais pas pourquoi j’avais accepté cette idée pire que stupide : rejoindre Paris pour acheter un sapin de Noël. Ne pouvait-elle pas se l’acheter toute seule ? Et puis, elle était censée savoir à quel point je détestais cette période de l’année.

Malheureusement, je n’avais pas la moindre excuse pour me cacher derrière, même pas celle du travail. J’enfilai une simple veste avant de partir, mais je fus interrompu en constatant la présence d’un carnet dans la poche. Ce foutu journal intime…

Je le pris dans mes mains, prêt à l’ouvrir ou à le poser, que sais-je… Finalement, je le remis dans ma poche et me vêtis d’un manteau. Je jetai un dernier coup d’œil à mon appartement, hésitant à partir. Je n’avais vraiment le cœur à rien… surtout en période de fête.

Rapidement, j’arrivai à destination. Paris était couverte de plusieurs couches de vêtements, elle avait toujours été très frileuse, même lorsque le temps était assez clément.

— Te voilà enfin ! lança-t-elle d’un ton à la fois enjoué et sévère.

— Je ne resterai pas longtemps, j’ai du travail de dernière minute, prétendis-je.

Elle leva les yeux au ciel. Elle ne supportait pas cette excuse. En particulier parce qu’elle ne me considérait que comme le petit assistant et que je n’avais aucune carrière devant moi. Pour un simple assistant, je m’en sortais plutôt bien.

Puis je constatai que Paris avait ramené quelqu’un. Une petite brune, souriante, ne cessant de me fixer.

— Cole, je te présente une amie, Suna. Suna, voici Cole.

— Hum… Enchanté, marmonnai-je sans montrer le moindre enthousiasme.

— Enchantée, rétorqua-t-elle joyeusement.

J’espérais vraiment que le message allait rapidement passer : je détestais être ici. Dans le fond, je n’aurais rien fait de bien intéressant… Quoique, j’aurais pu m’avancer dans mon travail ou prendre un peu de plaisir avec une pute. Juste des moyens pour perdre du temps.

— Depuis quand on a besoin d’être trois pour choisir un sapin ? demandai-je, pensant trouver un subterfuge pour m’échapper.

— J’ai besoin de l’avis de vous deux ! Allez, choisissons un magnifique sapin pour moi ! Et puis Cole, tu pourras en prendre aussi un pour toi !

Je la dévisageai, croyant qu’elle se foutait de moi, et pourtant, elle était sérieuse. Elle était censée savoir que je ne fêtais jamais Noël, alors acheter un sapin était inconcevable.

Elle prit les devants, s’avançant dans une allée bordée de sapins posés au sol en l’attente d’un client. J’échangeai quelques regards avec Suna, ne pouvant m’empêcher de soupirer tandis que son sourire ne faiblissait pas.

— Je suppose que ce n’est pas la première fois, me fit-elle remarquer dans un murmure.

— Disons que toutes les premières fois avec Paris sont décevantes, rétorquai-je.

Son sourire ne désemplit pas, me laissant apercevoir ses dents. J’avais l’air de vraiment l’amuser.

— Tu connais Paris depuis longtemps ? m’enquis-je, essayant de faire passer le temps.

— On travaille ensemble dans une entreprise assez chiante… Ce n’est que pour payer mes études bien sûr. Et toi ?

— Paris et moi, c’est une très longue histoire, éludai-je.

Pour être très longue, ça l’était, il faudrait des heures pour tout raconter.

— Wow ! Il est magnifique celui-là ! s’écria Paris.

En compagnie de Suna, nous nous approchâmes d’elle. Elle tenait un grand sapin, assez imposant dans le genre, s’extasiant comme une gamine dessus. Rapidement, je jetai un bref coup d’œil au prix.

— Deux cents dollars ? Tu comptes vraiment payer deux cents dollars pour un sapin ? m’étonnai-je en arquant un sourcil.

— Je n’achète jamais un sapin aussi cher d’habitude, j’ai bien le droit à une folie. Allez, je vais avoir vingt ans cette année.

— Et l’année prochaine tu râleras pour tes vingt-et-un. Je te connais Paris.

Elle fit une mine boudeuse. Dans le fond, je n’étais personne pour lui interdire un simple sapin. Je lui fis signe de le prendre, m’en fichant complètement. Ce n’était pas mon argent. Elle sauta immédiatement de joie. Il fallait vraiment la calmer cette enfant…

Quant à Suna, elle ne pouvait s’empêcher de rire face à notre complicité. J’avais l’impression d’être l’intrus entre ces deux personnes de plutôt bonne humeur.

— Et vous, vous prenez quel sapin ? demanda-t-elle.

Suna pencha aussitôt son regard vers un petit exemplaire tandis que je n’adressai qu’un air blasé à l’égard de mon amie. Elle me le rendit tout de suite, voulant me pousser absolument dans le consumérisme des stupides fêtes de fin d’année.

— Si tu ne te décides pas, je t’en paierai un, fit-elle d’un ton menaçant.

— D’accord, soupirai-je.

Je pris un petit sapin, espérant me débarrasser le plus rapidement de cette corvée. Je lançai un sourire forcé à Suna ce qui semblait l’amuser. Ce n’était absolument pas mon cas. La prochaine fois, je prétendrais dormir.

À contrecœur, nous nous rendîmes en caisse. Les gens nous regardaient comme s’ils étaient prêts à se foutre de notre gueule. Paris ne pouvait s’empêcher de leur sourire. Mais quelle andouille…

— Et sinon, tu fais quoi dans la vie ? m’interrogea Suna, voulant reprendre le sujet de la conversation.

— Il est assistant de merde, répondit Paris à ma place.

Je la tapai gentiment sur l’épaule, reprenant aussitôt le dessus.

— Je suis assistant dans l’entreprise de Weston North, rétorquai-je poliment.

— Weston North ? Mais je le connais ! C’est une des plus grandes entreprises de la ville… du pays même !

— Son entreprise a beaucoup d’affaires internationales, renchéris-je d’un ton neutre.

— C’est… impressionnant…

— Mais son travail consiste juste à faire la secrétaire, ironisa Paris.

— Tais-toi veux-tu ? Les adultes discutent ! la réprimandai-je d’un ton plaisantin.

Elle secoua sa tête puis m’adressa un sincère sourire, me rappelant que je n’étais qu’ici que par sa faute.

Avant de passer à la caisse, j’échangeai un bref sourire avec Suna. Cette fille avait vraiment un sourire greffé à son visage, c’était la seule explication que j’avais trouvée…

*

En rentrant chez moi, je posai le sapin dans un coin du salon, là où il ne serait pas dans le passage. Normalement, la plupart du commun des mortels le décoraient, mais je n’avais rien à ma disposition pour le faire.

Après tout, il pouvait très bien rester tel quel. Un sapin dénué de tout artifice était même mieux pour l’occasion. Je le regardai tout en prenant un verre de bourbon accompagné de son amie la cigarette.

Soudainement, l’envie me prit d’appeler Jordana, mais lorsque je voulus me saisir de mon portable, mes doigts effleurèrent le carnet que je n’avais toujours pas jeté. Aussitôt, je le pris dans mes mains et ma curiosité malsaine s’empara de moi, me poussant à regarder les dernières lignes que j’avais écrites.

Je me rappelai exactement de la date. 30 janvier 2006. Ce jour où j’avais raté ma tentative de suicide.

« Je pensais être mort aujourd’hui. Je ne vois pas l’intérêt de rester en vie. Pourquoi Jordana est intervenue ? Elle ne pouvait pas faire comme les autres et me laisser crever ?

« Et merde ! Pourquoi j’écris encore ce genre de conneries ? Je n’ai plus l’âge d’écrire un journal intime et ça ne me sert à rien.

« Merde ! Fait chier ! »

Et encore aujourd’hui, le sentiment de vide était toujours là. Je n’avais rien trouvé pour me redonner goût à la vie. Je n’avais fait qu’errer et prétendre avoir une vie convenable. C’était faux… Je n’avais fait que repousser l’inévitable… Et si cette fois, je le faisais vraiment ? Si je mettais fin à tout, peut-être que tout irait pour le mieux… et puis je ne manquerais à personne…

Je me saisis de mon agenda, tournant les pages aléatoirement pour finalement m’arrêter au 24. Date fatidique. Stupidement, je pris un feutre rouge pour y écrire « la fin ». Dans le fond, personne ne comprendrait vraiment… Mais je savais que désormais, j’étais fixé une bonne fois pour toutes. Bizarrement, j’en souris.

 

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