Extrait : Décadence

Chapitre 1 : Un coup d’avance

TW // Alcool, Sexe

 

Quand cette femme s’était approchée de moi, je savais très bien comment allait terminer la soirée et j’espérais vraiment y trouver une excuse pour ne plus exister demain.

Nous avions échangé quelques paroles, quelques clopes, quelques verres et j’avais bien trop bu pour refuser quoi que ce soit. Peut-être que c’était le cas pour elle aussi. À vrai dire, je ne suivais plus rien de ce qui se passait.

Alors, aux alentours de minuit, elle m’avait suivi jusqu’à ma maison et j’avais été prêt à abandonner quelques amis d’une vie pour une coucherie d’une nuit. Peu importe. J’avais toute la journée de demain pour culpabiliser.

Dès qu’on avait franchi le seuil de ma maison, elle s’était jetée sur moi pour m’embrasser. Nos intentions étaient très claires l’un envers l’autre. Pourtant, j’avais oublié la moitié des évènements. Il était évident que nous avions fini au lit. En tout cas, lorsque je m’étais réveillé aux alentours de trois heures du matin, elle était encore là, profondément endormie.

Encore une nuit comme une autre…

*

Après de longues heures à rester dans le lit à fixer le mur et à ressasser de vieux souvenirs – ou plutôt de sales cauchemars –, j’étais parti en cuisine me faire une aspirine. Au moins pour supporter cet atroce mal de tête.

Peu de temps après, la femme de la veille entrait dans la pièce.

— Prends ce que tu veux, lâchai-je assez indifférent en regardant mon aspirine se diffuser.

Elle hocha timidement la tête et s’empara d’une tasse. Puis elle sembla assez perdue.

— Tu cherches quelque chose ? m’enquis-je.

— Hum… Du thé.

— J’ai pas, désolé.

— C’est pas grave, je vais me contenter d’un café…

Elle avait vraiment de la chance que j’aie quand même du café, même si ça avait un goût tout aussi immonde que le thé.

— On se remet ça un jour ? demanda-t-elle d’un ton enjôleur en allumant la machine à café.

— Je ne pense pas non.

Je bus mon aspirine d’un coup et ça me parut bien plus agréable à boire que du café, c’était pour dire à quel point je détestais ça.

— Je ne cherche pas une relation sérieuse, insista-t-elle.

— Tant mieux, moi non plus. Mais je ne cherche pas de relation tout simplement, déclarai-je avec arrogance.

— Vraiment Cole ? m’interrogea-t-elle une énième fois.

— Oui…

J’essayais de me rappeler son prénom, mais je n’en avais plus la moindre idée. Si elle connaissait le mien, nous avions probablement échangé cette information au cours de la soirée.

— Blair, ajouta-t-elle en voyant mon hésitation.

— Oui, Blair, répétai-je avec peu de convictions. Maintenant, j’ai du travail. Mais je te laisse finir ton café avant que tu partes.

— Je te laisse mon numéro ou tu vas le jeter ? tenta-t-elle désespérément.

Vraiment, elle était beaucoup trop insistante et je ne masquais même pas mon soupir face à ses propos. C’en était presque trop facile.

— Je crois que tu connais la réponse, répondis-je en quittant la pièce.

*

Le matin ne me semblait plus être qu’un vague souvenir lorsque je franchis le seuil de mon entreprise, toujours accompagné de la même conviction. Je savais comment la journée débutait, mais davantage comment celle-ci allait se terminer, peu importe les obstacles sur ma route. Et son début n’allait en rien perturber mes objectifs.

Cynthia, ma chère et tendre assistante, également ma complice, me rattrapa et me suivit dans ma démarche à un rythme plutôt soutenu. Sans même qu’elle n’ait le temps de prononcer le moindre mot, je savais où elle voulait en venir.

— Encore une mauvaise nouvelle, je présume…

Je savais à quoi m’attendre, mais aucune mauvaise nouvelle ne serait capable de changer le moindre de mes plans. J’ai toujours su ce que j’avais à faire, tout comme la nature de ma destinée.

— En effet. Nash veut vraiment te faire chier cette fois, rétorqua-t-elle d’une voix sombre. Il est sur le même contrat que toi.

Nash… Nash Nichols. Ce nom résonnait désormais dans ma tête. Ce type n’était qu’un abruti incapable de diriger son entreprise comme il le fallait. Il préférait m’attaquer au lieu de chercher ce qui n’allait pas chez lui. Il n’était même pas assez imposant pour pouvoir être surnommé comme mon plus grand ennemi contrairement à ce que certains voulaient prétendre. Il n’avait ce titre que parce que nos altercations réjouissaient toujours la foule, heureuse que nous nous donnions en spectacle.

— Ça ne m’étonne pas. C’est bien son genre… Venir s’intéresser aux choses qui ne sont pas faites pour lui, soupirai-je, déjà ennuyé par tout ça.

Cynthia voulut immédiatement rajouter quelque chose. Oui, quelque chose n’allait pas, mais elle en faisait toujours trop pour un rien. Elle eut un léger moment d’hésitation avant de s’exprimer puis finit par cracher le morceau :

— Il y a pire, bien pire, lança-t-elle d’un air grave. Il est dans ton bureau.

Pas étonnant qu’il veuille me contrer, pas étonnant qu’il vienne sur mon lieu de travail… Mais plutôt étonnant qu’il ait réussi à s’introduire dans mon bureau sans que personne ne lui ait barré la route. Je devais lui accorder un point là-dessus. Et je devrais probablement revoir quelles personnes se chargeaient de la sécurité ici, ne serait-ce que pour en virer quelques-unes.

— Il n’est pas censé y avoir une putain de sécurité ici ? m’emportai-je en levant lentement les yeux au ciel.

— Il n’a rien voulu entendre, rétorqua-t-elle d’un air assez méprisant.

Je ne pus m’empêcher de lâcher quelques grossièretés, ce qui ne choqua pas mon assistante. Elle avait l’habitude depuis bien longtemps. Je m’éloignai alors d’elle, d’une démarche bien plus rapide pour pouvoir faire déguerpir cet intrus de sitôt.

*

J’entrai dans mon bureau brusquement et vis immédiatement l’indésirable qu’était Nash, tranquillement assis sur une chaise en face de mon bureau, observant l’horizon à travers la baie vitrée. Il tourna légèrement la tête en entendant la porte se fermer sans pour autant montrer son visage.

— Tu arrives bien tard à ton travail. Il est pratiquement onze heures, remarqua-t-il avec dédain.

— Casse-toi.

— Ce n’est pas comme ça que l’on accueille ses invités, rétorqua-t-il presque avec ironie.

— Dans la mesure où tu t’incrustes et tu déjoues la sécurité, je fais comme je veux, lançai-je d’un ton sec.

— Quelle politesse ! Tes parents devraient avoir honte !

Il faisait partie de ces nombreuses personnes persuadées qu’elles étaient capables d’obtenir la vérité en glissant quelques sous-entendus çà et là, mais qui ne comprendraient jamais jusqu’où allait leur manque de subtilité.

Évidemment, je fis rapidement abstraction de sa remarque et me rapprochai de lui. Je fus alors face à lui, seul mon bureau d’un bois plutôt clair nous séparait, ce qui était malheureusement insuffisant. Je pus le voir entièrement et constater à quel point il était toujours le même, toujours une atroce mine. Ça se voyait qu’il avait dépassé la quarantaine depuis quelques années déjà. C’était triste de se retrouver avec une telle tête, même si ça avait toujours été le cas. On ne faisait pas d’un âne un cheval de course.

Je continuais de l’observer avec insistance. On dit qu’un simple regard pouvait devenir très intimidant, c’était toujours bon à prendre. Je lâchai un court soupir puis finis par prendre la parole pour me débarrasser de lui.

— Que veux-tu pour venir me faire chier ? lui demandai-je dans un soupir agacé.

— Je sais que Markowitz est venu te voir alors que j’ai toujours travaillé avec lui.

— Markowitz voulait renforcer la sécurité au sein de son entreprise et je lui ai tout simplement proposé un devis. Rien de concret pour l’instant, tu n’as donc aucune raison de venir ici.

— Bien sûr que si. Markowitz a toujours fait partie de mes clients et ça va en rester ainsi.

Je pris une longue inspiration, posai chacune des paumes de mes mains à plat contre le bureau, puis me balançai légèrement en avant pour me rapprocher de lui. L’espace entre nous devenait de plus en plus restreint et j’espérais être plus angoissant que jamais.

— Quand on veut un contrat, on se bat pour l’avoir, lançai-je d’un ton assez bas. On ne vient pas pleurer chez son concurrent pour qu’il le lui cède. Il me semblait que tu avais appris ça en vingt ans de carrière ! Visiblement non.

— Ne joue pas les arrogants avec moi petit con, laissa-t-il échapper comme s’il ne contrôlait plus ses mots.

— Je peux jouer les arrogants si je le veux. Mon entreprise est bien plus performante que la tienne. Tu pourras demander à n’importe lequel de mes clients. J’avais cru que tu avais de l’expérience… mais je me suis trompé.

— Tu ne connais rien de ce monde.

— Bien plus que toi visiblement.

Il croisa les bras. Il n’aimait pas la provocation. Je le savais et je n’allais certainement pas me gêner. Nash Nichols, tu étais en train de tomber en plein dans les mailles de mon filet, comme d’habitude.

— Tu crois pouvoir me défier avec ton jeune âge, mais moi, j’ai réussi à avoir une entreprise dont personne ne critique le succès, une vie sentimentale remplie et une famille parfaite.

Encore une fois, il me déballait sa vie riche et remplie. Pourquoi se limitait-il à sa femme et ses gosses ? Ceci n’avait rien à voir avec le business. C’était quelque chose qui ne m’avait jamais empêché d’évoluer. En revanche, sur le succès critique de mon entreprise, il n’avait pas tort… Mais qu’est-ce que j’en avais à foutre ?

— Tout succès est critiquable et sera critiqué un jour ou l’autre, objectai-je d’un ton calme. Si tout le monde est en accord avec toi, ils se retourneront tous contre toi un jour ou l’autre. Ou sinon, peut-être que tu les as soudoyés. C’est une manière de convaincre… mais ça ne dure jamais longtemps.

Les sarcasmes, rien de plus amusant, surtout face à son ennemi. Je l’avais souvent expérimenté et à chaque fois je n’avais cessé de m’en réjouir. Nash était si naïf des fois…

— Markowitz restera mon client quoi qu’il arrive.

— Bats-toi pour l’avoir. Je ne cède pas à la pitié.

Je n’avais jamais eu autant l’impression de me retrouver dans un bac à sable en face d’un gamin voulant absolument construire son stupide château sans même rien y comprendre aux fondations.

Je décollai mes mains du bureau et reculai de quelques pas. Nash n’avait pas besoin de mon intimidation, il savait se provoquer de lui-même. Et il osait dire qu’il s’en sortait mieux que moi ? Ridicule…

— Ne joue pas les plus malins avec moi, riposta-t-il en secouant sa tête. Demain, lors du gala, Markowitz comprendra qu’il a fait erreur en venant vers toi.

Je savais que, demain, Markowitz signerait avec moi, avec ou sans Nash pour me mettre des bâtons dans les roues. Il était le cadet de mes soucis.

— Un vieux qui n’a rien compris au monde alors qu’il le devrait… Je ne vois pas comment tu peux avoir tes chances, l’attaquai-je de nouveau à coup de sarcasmes.

Il se tut pour la première fois. Il savait que, dans le fond, j’avais raison ou plutôt, était-ce de la jalousie ? Je connaissais son parcours qui n’avait rien de bien glorieux. Comme c’est malheureux…

Je ne pus m’empêcher de rajouter une remarque, j’aimais l’énerver parce que c’était d’une simplicité enfantine :

— J’ai hâte de te voir te ridiculiser. Enfin, ça ne changera pas de d’habitude.

Il se leva subitement de son siège et me pointa du doigt. Il commençait à s’énerver, à bouillir de rage, et ça commençait à me plaire. Je ne pus résister à l’envie de sourire d’une manière presque diabolique.

— J’ai hâte de te voir chuter Cole, j’ai tellement hâte que ce jour arrive. Parce que je sais que ça arrivera un jour ou l’autre. Ton règne est loin d’être éternel.

Il était persuadé, encore une fois, d’être capable de m’apprendre la vie, mais je savais tout ça. Je savais que rien n’était éternel. Il me prenait vraiment pour le dernier des cons, comme d’habitude.

— Le tien non plus, il est même temps qu’il s’achève. Ah mais c’est vrai ! Il n’a jamais existé le tien ! rétorquai-je toujours sur le même ton aussi ironique.

— Tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu n’es qu’un ignorant !

— J’en sais bien plus que tu ne le crois, assurai-je sereinement.

Il me jeta un dernier regard méprisant, persuadé que je prenais peur. Si seulement il savait ce qui me faisait vraiment peur et il n’en faisait certainement pas partie.

Il quitta mon bureau d’une démarche sûre de lui, les poings serrés. J’avais plutôt bien réussi mon coup, comme d’habitude. Ce refrain se répétait avec bien plus de facilité chaque jour.

Cependant, j’avais quelque chose à régler. Il était hors de question que Nash puisse me voler ce contrat lors de ce gala. Il fallait que j’aie un coup d’avance. Il sortait son fou tandis que je sortais ma tour.

Alors rapidement, j’appelai Cynthia pour lui demander de prévoir un rendez-vous avec Markowitz demain maint où je pourrais lui exposer quels étaient les avantages de choisir mon entreprise pour la sécurité informatique de son entreprise.

Le tour était joué.

*

Jordana Molloy était une des plus belles femmes qui m’était eu donné de voir dans ma vie. Belle, sensuelle, attirante… Tout ce que n’importe quel homme attiré par les femmes rêverait de voir sous ses yeux lui appartenir un jour ou l’autre. Dommage que Jordana ne m’appartienne qu’en fonction de la somme que je lui payais…

Dès que je l’avais appelée, elle s’était empressée de venir chez moi. C’était une habitude que nous partagions à deux. Une de mes nombreuses mauvaises habitudes si plaisantes.

Je l’admirais déambuler devant moi depuis mon fauteuil, une clope à la main que je fumais de temps à autre. Le moindre de ses gestes était synonyme de douceur. Tout ce qu’elle faisait alliait grâce et sensualité. Elle enleva alors l’élastique retenant ses longs cheveux blonds qui vinrent se loger sur ses épaules telle une cascade. Elle passa rapidement sa main dedans pour leur donner ce volume si excitant qui me faisait déjà bander rien qu’à l’idée de tout ce que je pourrais lui faire.

— J’ai de nouveaux dessous qui pourraient t’intéresser, m’annonça-t-elle d’une voix enjôleuse.

Elle savait qu’au prix auquel je la payais, elle devait absolument garder sa place. Se vêtir d’une tenue bien plus sexy que la précédente était un impératif à respecter. Cependant, cette fois-ci je n’étais pas d’humeur à choisir lequel du noir ou du blanc était le mieux.

— Mets ce que tu veux… Je m’en tape.

— Tu ne les as même pas vus, ajouta-t-elle avec un clin d’œil.

Elle se rapprocha de moi, posa chacune de ses mains sur les accoudoirs du fauteuil et rapprocha son visage du mien, me faisant sentir son délicat souffle sur ma peau. Elle semblait être intimidante comme je pouvais être capable de le faire. Je me retrouvais totalement dans cette façon d’agir.

— J’ai juste envie de te baiser, affirmai-je d’une voix grave en caressant son menton.

— Tu ne veux pas voir mon strip-tease sensuel ? demanda-t-elle en jouant avec ses cils. Ça ne te coûtera rien de plus.

— J’ai juste envie de te défoncer la chatte, rétorquai-je en baissant le ton tout en prenant fermement sa mâchoire du bout de mes doigts.

— Tu me paies toujours autant ? s’enquit-elle, tentant de dissimuler son inquiétude.

À nouveau, elle craignait pour son argent. Elle savait que ce n’était qu’ainsi qu’elle pouvait faire vivre sa famille. À vrai dire, je m’en fichais, j’ignorais même si elle avait une famille que ce soit un mec ou des enfants, tant qu’elle faisait son travail, c’était tout ce que je lui demandais.

— Je te paie cent dollars de plus si tu fermes ta gueule et que je te baise maintenant de la manière que je veux.

— Avec plaisir, répliqua-t-elle aussitôt un grand sourire aux lèvres.

Nous nous embrassâmes sauvagement pendant que mes mains traversèrent toutes les courbures de son corps. Ses baisers étaient divins et personne ne savait manier le sexe aussi bien qu’elle. Elle enleva rapidement sa robe puis ses sous-vêtements bien plus délicatement. Elle avait compris que je me fichais de son strip-tease, mais même avec ses gestes subtils et calculés, elle se dévêtit d’une manière très, très bandante. Elle s’assit ensuite sur moi, posant chacun de ses genoux entre mes jambes et m’embrassa de plus belle.

*

Après cette douce satisfaction, Jordana se rhabilla. Même lorsqu’elle était sur le point de partir j’avais toujours autant envie de la prendre d’une manière toujours plus brutale que la précédente.

— Tu semblais préoccupé par quelque chose, me fit-elle remarquer.

Elle brisait tous les préjugés sur son métier par sa perspicacité. Les femmes qui se prostituaient étaient parfois bien plus impressionnantes que la plupart le pensaient.

— Ouais… C’était pour le travail.

— Tu peux tout me dire, insista-t-elle en me gratifiant d’un regard envoûtant.

Je lui adressai un bref sourire puis détournai mon regard. Elle n’insista pas davantage, comprenant que c’était ma manière de refuser son offre. Après tout, nous étions plus ou moins des amis, c’était suffisant pour connaître quelques-unes de nos réactions mutuelles.

— Je dois aussi t’annoncer que je ne pourrais pas venir le mois prochain, lança-t-elle, presque timidement. Je sais que ça ne te plaît pas… Mais j’ai une amie Ivana, tout aussi douée. Elle fait des merveilles, surtout en matière de fellation, c’est une pro.

— Tu vas me manquer le mois prochain alors, soufflai-je.

Nous échangeâmes un rapide sourire. Qu’est-ce que je pouvais tenir à cette pute. Elle épanouissait presque entièrement ma vie sexuelle et elle se devait de le faire étant donné la somme avec laquelle elle repartait à chaque fois. Et c’était peut-être ma seule manière de ne plus me sentir redevable auprès d’elle…

— Tu changeras d’avis en la rencontrant. Je crains que tu puisses presque m’oublier.

— Ivana aime les trucs à trois ? demandai-je sans me soucier de sa réaction, c’était une pute oui ou non ?

— Elle adore, répondit-elle aussitôt avec enthousiasme.

— Elle commence à me plaire, lâchai-je avec un petit rire cynique.

— Elle viendra la prochaine fois que tu m’appelleras.

— Je me demande ce qui me retient de ne pas l’appeler maintenant, lançai-je en songeant à tout ce que l’on pourrait faire ensemble.

— Moi aussi.

Elle jeta un rapide coup d’œil aux alentours puis me regarda une dernière fois avant de finalement partir.

Un mois sans elle, ça promettait d’être perturbant… mais j’avais d’autres choses à songer ce mois-ci. Nash était foutu.

*

Je savais qu’encore une fois, le sommeil ne viendrait pas ou qu’il serait perturbé d’une manière ou d’une autre. J’étais devant la télévision, suivant à peine l’émission, j’ignorais de quoi il s’agissait réellement, je préférais vider ma bouteille de scotch à petit feu. C’était plus simple ainsi…

Une sonnerie se déclencha. Je crus qu’il s’agissait de la télé jusqu’à ce que je me rende compte que ce n’était que mon portable. Je le pris dans mes mains, bien que n’ayant pas l’humeur de répondre. Un nom s’affichait.

Paris Parkman.

Ma plus vieille amie de tous les temps. La seule que j’avais été capable de garder jusqu’alors, la seule qui m’avait soutenue. J’aurais dû me douter qu’elle m’appellerait aujourd’hui, comme toute bonne amie l’aurait fait. À contrecœur, je lui répondis. Je lui devais bien ça.

Elle prit immédiatement la parole d’une voix enjouée avec un léger accent hispanique :

— Je sais qu’il est presque minuit, mais je me suis dit qu’à cette heure-là tu ne dormirais pas et que je ne te dérangerais pas. Enfin, je suppose que tu n’es pas sobre pour autant…

— Tu supposes bien, rétorquai-je à la limite du murmure.

Je pus entendre son rire à l’autre bout du fil. Entre nous deux, elle avait toujours été celle qui était joyeuse et remontait le moral.

— Et sinon, ça fait un bon bout de temps que je ne t’ai pas vue, ajoutai-je. Qu’est-ce que tu deviens ? Tu es toujours à New York ?

— Ouais, tu devrais y aller. Vivre là-bas, c’est le pied.

— San Francisco me convient… et puis je voyage souvent pour les affaires.

Je ne comptais même plus le nombre de fois où j’avais dû m’éloigner de mon domicile pour me rendre dans des destinations toutes plus différentes les unes que les autres.

— San Francisco me manque dans le fond. Je devrais vraiment y revenir, lâcha-t-elle d’un air plutôt pensif.

Il y a trois ans de cela, elle avait décidé de prendre le large pour la côte Est pour « tester » comme elle disait. Elle était bien trop volatile et ne cessait de changer d’environnement. Tout ce que je n’étais pas.

— Ça va le travail ? s’enquit-elle pour être polie. Même si je ne comprends jamais rien à ce que tu fais dans ton entreprise.

— Retiens que ce ne sont que des trucs informatiques dans la majorité des cas. Après, le reste, ce ne sont que des petites affaires bien trop diversifiées pour toutes les citer. Sinon, je ne m’en suis jamais mieux porté.

Je savais que la prochaine fois que nous discuterions, elle me poserait la même question, oubliant à chaque fois. Les détails ne l’intéressaient pas.

Avant même que je ne puisse lui poser la moindre question, elle reprit les devants :

— Ça me manque de ne plus te voir. D’ailleurs, ça serait marrant de te revoir avec tes cheveux longs.

Elle n’avait pas oublié cette époque appelée « l’adolescence ». J’avais refusé de me couper les cheveux pendant de longues années. J’avais cédé à les raccourcir jusqu’au haut de ma nuque pour paraître plus professionnel. Cela aurait pu passer si j’étais blond, mais j’avais les cheveux bien plus noirs que de la cendre et je savais à quel point ça renforçait les traits de mon visage… ou du moins, il me semblait.

En fait, je détestais surtout aller chez le coiffeur. Je détestais que l’on touche à mes cheveux.

— Cesse d’insister avec ça, ça n’arrivera pas, soupirai-je, légèrement agacé qu’elle prenne plaisir à tout le temps le ressortir.

J’entendais d’ici sa déception et je ne pus m’empêcher d’en rire. Ça remontait à plus de dix ans et elle avait toujours une fixette dessus.

— J’ai vraiment hâte de te revoir, tu me manques, dit-elle en reprenant son sérieux.

— Moi aussi.

— Tu ne m’as pas demandé pourquoi je t’ai appelé.

— Je ne préfère pas savoir.

— J’espère que tu ne fais pas n’importe quoi.

Je jetai un bref regard à mon verre que j’avais encore en main. L’alcool était le dernier de mes soucis en ce moment.

— Ne t’en fais pas pour ça, je ne fais que boire. Rien de grave, prétendis-je pour éviter encore une de ces discussions plus qu’ennuyantes.

— Alors, ne bois pas trop, insista-t-elle.

Son ton était grave et presque moralisateur. Elle en savait beaucoup, suffisamment pour comprendre qu’il était impossible de me changer.

— Je te l’ai déjà dit, poursuivit-elle, mais tu n’as pas à supporter tout ça tout seul… Si seulement tu arrêtais de considérer l’amour pour les faibles. Parce que, vraiment, ça te ferait du bien de vraiment sortir avec quelqu’un et de t’ouvrir à autre chose.

Cette discussion, nous l’avions eue de nombreuses fois. Elle avait eu de nombreuses relations stables, avait aimé de nombreux hommes et était persuadée que ça faisait du bien.

Je ne répondis rien. Qu’avais-je à dire dans le fond ? Oui, je considérais l’amour pour les faibles, une perte de temps et qui ne faisait que détruire les gens. Après tout, chacun son avis.

— Je crois que je vais te laisser, finit-elle par annoncer après ce long silence. Je suis fatiguée, pas comme certains. Il est bien plus tard à New York…

— Bonne nuit Paris.

— Joyeux vingt-neuvième anniversaire Danny, mon abruti préféré.

Je ne dis rien de plus et elle raccrocha.

Je haïssais cette journée.

 

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